René Desmaison - 342 Heures dans les Grandes Jorasses
Ed. Flammarion - Coll. L'aventure Vécue - Réed. 1975



Hiver 1971.
René Desmaison, qui s'est déjà illustré à maintes reprises dans des voies engagées ou des secours controversés (sauvetage des allemands au Dru avec Gary Hemming), s'engage avec un nouvel équipier - Serge Gousseault - dans l'ouverture d'une première dans la face nord des Grandes Jorasses, une directe hivernale dans la Walker.

Face Nord des Grandes Jorasses Bien qu'étant un alpiniste expérimenté et prometteur, Serge Gousseault n'a pas la résistance physique et morale de Desmaison. Dans des conditions dantesques, la cordée fatigue dans la face et le 10ème jour d'ascension - à peine à une centaine de mètres du sommet - Desmaison assiste à la lente agonie de son camarade qui s'éteindra deux jours plus tard. A court de matériel, les cordes tranchées par des chutes de pierres, Desmaison est condamné... à attendre. Dans la vallée, les secours (et en particulier Herzog et Devouassoux), qui ont mis beaucoup trop de temps à comprendre la situation réelle dans la face, tergiversent et hésitent à risquer des secours héliportés. Ce sera sans compter le courage et l'audace d'un pilote extérieur à la vallée de Chamonix qui se déposera finalement des secouristes sur les crêtes, qui extraieront Desmaison de la face le quinzième jour.

René Desmaison En achevant la lecture de 342 Heures dans les Grandes Jorasses, on ne sait plus vraiment si le plus important dans cette tragédie est le calvaire enduré par ces deux hommes, la cordée Desmaison-Gousseault, ou par la controverse qu'elle suscita à l'époque (1971).

Faut-il "charger" Desmaison, qui ignorait que Gousseault tenait une "petite forme" cet hiver là ? qui, allé trop loin, ne pouvait plus sortir que par le haut ? qui - confronté à ses principes selon lesquels "des alpinistes engagés dans une paroi en hiver ne doivent compter que sur eux-mêmes. Ils ne peuvent exiger aucun secours." - attendit peut-être trop pour y déroger ?
Dans la vallée, le ressentiment des Secours vis à vis de Desmaison était encore trop présent (cf épidode du Dru) pour dépassionner le débat et raisonner de façon objective.

Le livre est émouvant. Les mots simples mais directs de Desmaison ne laissent pas insensible et nous laissent un témoignage prenant de l'esprit de cordée. A chacun de se faire son opinion.

342 heures dans les Grandes Jorasses a été réédité chez Hoëbeke.