Tous les amateurs de livres de montagne connaissent les désormais fameux livres rouges (rouge comme les chaussettes et les pulls des alpinistes) des Editions Guérin.

Nous avons appris (news Kairn) aujourd'hui son décès.
Une bien triste nouvelle pour la littérature alpine.



En 1995, Michel Guérin quitte le monde de la publicité pour revenir à ses premières amours: le livre. Il fonde alors les éditions Guérin, spécialisée dans les livres de montagne. Classiques ou textes inédits, la rigueur éditoriale, le graphisme soigné et la couleur rouge vont faire de ses livres des références dans le monde passionné des amateurs de montagne.

Les Conquérants de l'inutile. Inaugurer un catalogue d'éditeur par ce titre était osé. Et pas uniquement pour des raisons de superstition ... C'est pourtant ce que fait Michel Guérin, en 1995, lorsque, après avoir été professeur d'histoire, libraire puis publicitaire, il se lance dans l'édition de livres de montagne à Chamonix. Or, l'ouvrage de Lionel Terray est un classique parmi les classiques de l'alpinisme. Michel Guérin le réédite pourtant sous la forme novatrice, pense-t-il, d'un texte illustré. La nuance avec le "beau livre de montagne" est d'importance. Il s'agit que le fil de la lecture ne soit jamais rompu par l'image, d'éviter que celle-ci ne devienne finalement une gêne au moment de goûter au texte. Aujourd'hui, ce premier livre a dépassé les 10 000 exemplaires. Une trentaine de titres plus tard, Michel Guérin reste fidèle à l'image qu'il s'est donnée, celle d'un éditeur amateur de montagne, ambitieux dans ses choix éditoriaux et ses innovations graphiques, fidèle à la couleur rouge qui dessine ses couvertures depuis les débuts. Au catalogue, on trouve les grands noms de l'alpinisme (Walter Bonatti, Reinhold Messner ...) comme ceux de la littérature et de la photographie de montagne (Roger Frison-Roche, Gaston Rébuffat ...). Les lecteurs ont donc suivi son ascension. Un monde de passionnés facilement identifiable. D'où une part importante des ventes réalisée par correspondance. Mais cela ne fait pas tout. Il faut des textes, il faut prendre des risques. C'est ce que fait l'éditeur en publiant un premier roman en 1997, Le Port de la mer de glace. Le bouche à oreille dans le milieu, puis au-delà, conduit le livre de Dominique Potard vers un succès inattendu à quelque 12 000 exemplaires. Autre risque en 2000, lorsqu'il publie Annapurna, une affaire de cordée, de David Roberts, une révision critique de l'ascension de l'Annapurna en 1950 racontée par Maurice Herzog dans son célèbre Annapurna, premier 8 000. Le scandale est grand, le succès du livre, qui désacralise l'alpiniste et homme d'État, aussi. La niche des sommets réussit à Michel Guérin qui, avec le sourire, tempère l'enthousiasme: "Un éditeur qui dit: ça va bien, c'est qu'il n'est pas mort ..." Même bien vivant. Au point de faire de récentes infidélités à la montagne avec la mer. Une histoire de famille.

Laurent Bonzon Source