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Tag - lanore - Une montagne de livres

Une montagne de livres

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3 février 2008

Meije - Georges Sonnier

Meije - Georges Sonnier
Ed. Fernand Lanore - 1977 (réédition)
1ère édition par la Librairie des Alpes - André Wahl Coll. Les Bibliophiles de la Montagne - 1952
Perret 4106



Une face nord vierge, à l'aube d'un conflit armé, une cordée composée de futurs belligérants, et une issue dramatique. Ce petit récit (142 p) - pour qui a délà lu Sonnier auparavant - ne laisse pas un souvenir impérissable. L'amateur de littérature alpine aura un vague sentiment de "déjà-lu" et il faut reconnaître que Sonnier s'est laissé allé tant à une certaine dramaturgie qu'une vulgarisation alpine, probablement pour tenter de perçer auprès d'un public plus large.

L'avant propos de la seconde édition (chez Lanore), semble montrer (en lisant entre les lignes) que G. Sonnier a pris conscience que son ouvrage avait plutôt mal vieilli (je rejoins d'ailleurs P.Chapoutot sur ce point).

Jacques Perret (rappelons-le, auteur du Guide des Livres sur la Montagne et l'Alpinisme) considère néanmoins que Meije est un très beau roman de montagne, sans doute un des meilleurs ouvrages de G. Sonnier. je n'arrive pas à partager son enthousiasme.

Selon Pierre Chapoutot :

1946 est également l’année de composition d’un petit roman de Georges Sonnier, sobrement intitulé Meije, qui a reçu en 1950 le Grand prix littéraire de la montagne. Publié juste après la guerre, ce roman est fortement influencé par l’expérience personnelle que Sonnier a vécue pendant le conflit. A l’opposée de Saint-Loup, écrivain collabo, Sonnier a été un écrivain-résistant qui est sorti moralement blessé de l’épreuve. Du coup, il a cherché à faire de la Meije, montagne vénérée, un lieu d’apaisement et de réconciliation - tel est l’objectif de ce « récit ». Je laisse à d’autres le soin de juger si c’est réussi ou pas – pour ma part je trouve que ce bouquin a mal vieilli, avec son scénario tiré par les cheveux et sa pétarade de bons sentiments. Ce n’est pas méchanceté de ma part : Sonnier est un bel écrivain porteur d’un message humaniste, et c’est dans le témoignage et la réflexion philosophique qu’il donne vraiment sa mesure.


  • Une critique (en anglais) parue dans l'American Alpine Journal en 1953


2 décembre 2007

L'avalanche - Jacques Boell

L'avalanche et six autres nouvelles sur thèmes alpins - Jacques Boell
Editions Fernand Lanore - 1973




Montagnard accompli (il appartient au Groupe de Bleau et ouvrit des voies majeures en Oisans), Jacques Boell publie chez Lanore en 1973 ce recueil de 7 nouvelles consacrées non pas à l'alpinisme mais ayant pour cadre la Montagne. Ces nouvelles sont tour à tour mystérieuses, humoristiques, psychologiques ou romanesques. Toutes dans un style fort agréable à lire.
L'amateur de littérature d'alpinisme n'y retrouvera peut-être pas son compte (quoique...) mais l'amateur de livres de montagnes, certainement.

Jacques Boell nous y dépeint l'environnement montagnard avec une relative noirceur. Une montagne qui ne fait pas de concessions aux hommes ou qui n'est là qu'en cadre, mais celui d'une vie teintée de rudesses ou d'évènements dramatiques. Boell conclut cependant sur des expériences personnelles, dans un genre similaire à Saint Loup dans La Montagne n'a pas voulu (en plus court cependant), où il tente de nous démontrer qu'elle (la montagne) n'est pas si mangeuse d'homme qu'il a bien voulu nous le faire croire. Car ce ne sont après tout que des nouvelles...

15 août 2007

Passage n°2 - Cahiers de l'alpinisme

Passage n°2 - Cahiers de l'alpinisme
Editions Fernand Lanore - 1978



1978 : seconde édition de Passage, qui semble bien avoir agité le landerneau du milieu de l'alpinisme. Au delà des espérances de leurs auteurs ?

Je vous livre une nouvelle fois "l'édito" de cette édition qui résumera finalement bien mieux que moi la situation.


PASSANTS ET PASSAGERS

Pour certains « charabia ésotérique et abscons », « volonté de faire "littéraire" à tout prix, quitte à n'être pas très clair », pour d'autres « propos sérieux qui donne à penser », livre « donnant à la montagne un relief tout à fait nouveau », « effort à suivre avec un nouvel espoir » : comme le montre le courrier reçu et les discussions suscitées, le numéro I de Passage a provoqué des réactions très diverses.

Les plus marquées ont été soit de rejet, et le plus souvent orales, soit d'approbation et alors à peu près toutes écrites. Il ne faut sans doute pas s'étonner de cette double coïncidence.

Entre ces deux extrêmes, les lecteurs ont été dans l'ensemble « agréablement surpris ». Les alpinistes ont été étonnés, qui s'attendaient à n'y rien comprendre ; les non-alpinistes intrigués, qui avaient depuis longtemps étiqueté la littérature alpine comme « technique ». C'était un dialogue de sourds, chacun tenant l'autre pour incompréhensible. « Ne découragez pas les alpinistes, gens simples, écrit l'un d'eux, si vous ne voulez pas que Passage devienne seulement l'organe d'un petit cercle d'initiés », tandis qu'un lecteur étranger aux choses de l'alpinisme mais intrigué par ces gens qui grimpent, « trouve enfin un ouvrage dont le contenu change agréablement des "récits de courses" qui ne sont vraiment lisibles que par des initiés ». Initié ! Voilà le maître-mot ! Chacun habillait l'autre de cet adjectf, quelques-uns se plaisaient à se montrer ainsi habillés, beaucoup découvrent aujourd'hui qu'il y a un discours commun possible. Cette ouverture, à elle seule, justifie bien des efforts.

Une analyse plus fine montre cependant que Passage a été, dans l'ensemble, mieux reçu par les non-alpinistes que par les alpinistes. Ceux-là y sont entrés de plain-pied, tandis que ceux-ci se sont souvent bornés à survoler les pages les plus denses. Se sont-ils laissé décourager par l'idée qu'ils s'en faisaient a priori ? Ont-ils cru que nous avions délibérément choisi le langage des « intellectuels » sans chercher à nous faire comprendre des alpinistes ? Ce serait admettre un partage faisant à tout coup de l'alpiniste un non-intellectuel, ce serait ignorer que le monde de l'alpinisme est aujourd'hui plus diversifié qu'on le pense.
L'explication est ailleurs, et sans doute dans l'intensité de ce que vit l'alpiniste en montagne. Beaucoup trouvent sur les sommets une expérience d'une telle richesse, qu'il leur paraît vain de se demander pourquoi et dans quel état d'esprit ils y vont. N'ayant d'autre inquiétude que celle de pouvoir y retourner, ils ne se posent d'autre question que : par où et par quel moyen ?

La question reste ainsi posée : à qui s'adresse Passage ?

Tout en refusant le jargon gratuit et qui n'a rien à dire, qui ne peut rien dire hormis son impuissance, nous ne voulons pas nous interdire les textes difficiles. Il ne s'agit ici ni d'être élitistes, ni d'être démagogues. Ne s'adresser qu'à ceux qui, peu nombreux, suivent de prèsles faiseurs de mots nouveaux, serait vain. Mais vouloir plaire à tous ne serait possible qu'au prix de la complaisance. Redisons-le : les Cahiers de l'Alpinisme se veulent publication parfois difficile à lire où le non-alpiniste se heurtera à quelques mots techniques mais où, s'il va au-delà, il comprendra peut-être un peu cet homme qui depuis si longtemps pour lui se cachait derrière ses gestes et son matériel. Les Cahiers se veulent publication inhabituelle à la lecture de laquelle l'alpiniste sera parfois conduit à s'arrêter pour réfléchir, mais où il trouvera des passages de texte sur quoi exercer cette intelligence qu'il exerce si bien sur les passages de ses escalades. Les Cahiers se veulent lieu de rencontre, de réflexion, et ouvrage dont le titre : Passage, pour reprendre les termes du poète René Daillie, « fasse résonner quelque chose de très voisin... de ce qui est en poésie chemin, itinéraire ».
A ceux qui ont envie de nous lire, qui veulent parler et entendre parler de choses nouvelles, nous disons qu'il y a un lieu où nous nous entendrons. A ceux qui, comme littérature sur la montagne, ne supportent que les topos-guides, nous souhaitons bonne course. Mais de grâce, qu'ils nous laissent parler sans jeter l'anathème.

L'article de J. Bocognano sur l'alpinisme et la politique, et des textes comme celui de M. Ballerini sur les populations montagnardes, ont suscité réponses et commentaires. Nous présentons dans ce numéro ceux de Patrice de Bellefon et Pierre Chapoutot. Le premier s'est souvenu que la politique nous concerne tous et donc qu'en particulier la politique de la montagne intéresse ceux qui y vivent. P. Chapoutot, lui, sait que l'alpinisme, dans les Alpes comme hors des Alpes, peut servir d'alibi à toutes les politiques possibles.

Ces deux textes ne constituent pas des réponses définitives. Ils ouvrent plutôt un débat souhaité par J. Bocognano et que nous espérons pouvoir poursuivre dans les numéros à venir.
Il serait d'ailleurs inutile de chercher ici dans un texte une « pensée des Cahiers », une éthique propre à cette publication. Nous voudrions que l'on ne puisse pas dire : « Passage est pour ceci, contre cela », mais bien plutôt : « dans Passage, Untel est pour ceci, Untel est pour cela ». Peut-être un jour faudra-t-il constater la convergence d'un certain nombre d'idées émanant tant des membres du Comité que d'autres collaborateurs. Peut-être un jour, à force de certitudes, jetterons-nous aussi l'anathème...
Mais aujourd'hui nous disons qu'à travers d'authentiques écritures nous souhaitons faire de Passage une tribune libre.
Quant à ceux qui n'ont voulu goûter qu'à quelques miettes de Passage, pour tout de suite déclarer : « Pourquoi tant de pourquoi ? Ne suffit-il pas de tout simplement grimper ? », nous leur dirons que là-haut, bien des choses ont changé. Là-haut, le voyage égocentrique, le voyage au centre de soi-même est en passe de devenir impossible, et la vieille imagerie d'Épinal que s'est construite l'alpinisme fonctionne maintenant comme un leurre.
Pendant que nous, les alpinistes, nous grimpions, en bas le monde a évolué, et de façon irréversible ! La frange qui séparait le fameux « terrain de jeu » du territoire des autres est devenue de jour en jour plus étroite. En même , temps, un nombre croissant de gens s'est trouvé impliqué dans cette curieuse affaire qu'est l'ascension des montagnes, y apportant matériels, argents et idées de toutes sortes. Peu à peu, la haute montagne a cessé d'être une île, s'est rattachée au continent des hommes. Le désert de roc et de glace n'est plus désert, et l'alpinisme découvre qu'il est un fait social parmi d'autres dans un univers où il a à faire sa place.
Cet alpinisme, c'est aux alpinistes à le prendre en charge, à l'assumer, à dire ce qu'il est, ce qu'ils voudraient qu'il soit. Sinon, pendant qu'ils grimpent, d'autres dans la vallée le feront pour eux. Gare alors au retour de course !


La critique d'Yves Ballu dans la Revue "Montagne et Alpinisme" N°3 - 1978

11 août 2007

Rochers, neiges et sables - Pierre Dalloz

Rochers, neiges et sables - Pierre Dalloz
Editions Fernand Lanore - EO 1978



Nous retrouvons Pierre Dalloz, déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog notamment pour sa contribution (posthume) à La photographie à l'assaut des Alpes et son recueil de photographies Haute Montagne.

Dalloz (voir son portrait par Henriette Gröll ci-après), grand résistant, architecte et alpiniste (ce qui nous intéresse - quoique l'aspect architecte risque d'intéresser Carlyne - auteur de l'intéressant blog Altitudes - Atelier d'architecture en montagne) - narre dans cet ouvrage ses souvenirs de courses en montagne et dans le désert.

Dalloz donne l'image d'un homme austère et son livre l'est également au final.

Même époque - même courses : autant un récit de course par Daniel Chalonge est plaisant et agréable à lire, autant Dalloz devient vite assez ennuyeux, quand bien même son style d'écriture est plutôt bien travaillé.

On retrouvera également une transcription de Zenith dans cette édition.

10 août 2007

Passage n°1 - Cahiers de l'alpinisme

Passage n°1 - Cahiers de l'alpinisme
Editions Fernand Lanore - 1977



En 1977, Bernard Amy et Jean Bocognano se lançaient avec d'autres (en particulier Pierre Chapoutot) dans l'édition d'une nouvelle revue pas comme les autres consacrée à l'alpinisme. Leur objectif est ambitieux. 7 numeros, et un peu plus tard une anthologie paraîtront. Une vraie curiosité dans la littérature de montagne et d'alpinisme.

Je vous livre ci-après le préambule à cette aventure littéraire :


PROPOSITIONS POUR UNE PASSION POLYMORPHE

L'alpinisme d'aujourd'hui est inquiet. Il vit une crise à la fois d'identification et d'insertion sociale, qui est sans doute le reflet partiel des crises plus importantes qui agitent notre société tout entière.

Face à cette situation, il devient urgent de d'abord formuler les problèmes qui se posent, et pour cela de commencer enfin d'en vraiment parler. Mais est-ce aujourd'hui possible ? La vétusté et la rigidité du discours qu'a jusqu'ici suscité l'alpinisme et qui permet de moins en moins à celui-ci de sortir de ses propres contradictions, porte à croire que non.

Que faire d'une parole qui, en tout cas en France, est trop souvent celle d'institutions de plus en plus séparées de ce que vivent et ressentent les alpinistes dans leur pratique, d'une parole qui continue d'ignorer ou de mépriser l'image que se font de l'alpinisme ceux qui ne s'y livrent pas ? Que traduire avec des mots maintenant trop usés ? Comment tout dire quand le discours a toujours été volontairement incomplet ?

Les montagnes et les techniques utilisées pour les gravir ont certes été abondamment décrites, dessinées, photographiées, mesurées. Depuis des décennies, livres et revues s'y emploient, où chroniques de clubs et techniques, monographies de massifs, descriptions d'itinéraires, présentations de parcs, études sur la flore et la faune forment la toile de fond inévitable.
S'il suffit pour parler d'une activité d'en décrire les différents aspects, alors, devant l'abondance même de ce qui a été publié, on peut dire qu'en alpinisme on sait de quoi l'on parle !
Mais si l'on pense qu'au-delà de la description, toute remise en question passe nécessairement par une analyse de ce dont on parle, il faut bien constater que le discours de l'alpiniste ne s'est jamais beaucoup élargi, et que pour l'instant on a plus parlé d'alpinisme que de l'alpinisme.
Les publications techniques correspondent à une nécessité, et l'on ne saurait nier leur utilité. Mais il est clair aussi qu'il y a place aujourd'hui pour une publication plus spéculative que descriptive où puissent paraître :

  • des réflexions d'alpinistes sur leurs activités à travers essais, critiques, analyses, récits, fictions, poèmes ou lettres ;
  • des études de non-alpinistes sur l'alpinisme ; des points de vue « extérieurs » qui soient ceux de sociologues, de psychologues, de littérateurs, d'artistes.


C'est ce que voudraient être les Cahiers de l'Alpinisme : publication plus d'étude que d'admiration satisfaite de la montagne et de soi-même, plus contemplative et interrogative que descriptive ou narrative ; pages où donner à lire de nouvelles recherches plutôt que de vieilles certitudes ; écritures par quoi on voudrait s'éloigner du cercle sans fin des rapports cliniques et des procès-verbaux, pour ouvrir largement l'alpinisme vers le monde et les idées des autres.


Faire connaître les différents courants d'idées qui sont apparus ou apparaissent dans les milieux montagnards, suggérer de nouvelles attitudes face au « terrain de jeu », de nouvelles façons de se penser en tant qu'alpiniste, tout cela peut sembler a priori bien difficile. Les alpinistes — et plus particulièrement les alpinistes français — apparaissent d'abord comme des êtres passionnés mais peu spéculatifs, dont les théories sont moins l'aboutissement de recherches qu'une dogmatisation d'habitudes aux origines peu claires.
Mais l'alpinisme et la spéculation sont-ils vraiment inconciliables par nature ? Ne peut-on penser que ceux qui ne varient que de pitons et de topo-guides, le font non parce qu'ils sont incapables de parler d'autres choses, mais soit par une manière de pudeur, soit par peur de briser le dogmatisme qui leur tient lieu de philosophie ?
L'écrivain Ossip Mandelstam notait au cours d'un voyage en Arménie : «j'ai développé en moi un sixième sens lié à l'Ararat : le sens de l'attrait des montagnes. A présent, où que je me trouve, ce sentiment qui déjà par lui-même marque un degré de spéculation, ne m'abandonnera plus. »
Choisissons de croire O. Mandelstam et essayons-nous aux formulations nées de ce sixième sens !
L'alpinisme étant sans doute par essence impossible à enfermer dans quelque théorie qu'on puisse imaginer, une telle démarche finira peut-être par se révéler vaine. Ces Cahiers apparaîtront comme un simple recueil d'articles disparates. Mais au moins une tentative aura été faite, et ces pages auront été un lieu de rencontres et de discussions au contraire d'autres publications tout à la fois guides touristiques, miroirs à exploits et collections de pieuses homélies.
On peut alors espérer que les théories les moins orthodoxes, et même les plus discutables y auront été exposées. Il ne s'agit pas d'établir des dogmes, si nouveaux soient-ils, mais plutôt de confronter des idées, d'en faire naître, et ce à la limite extrême de tous les domaines de la pensée. Il faut formuler ce qui existe, mais aussi soulever de nouveaux problèmes, même s'ils sont extravagants, en suggérer des solutions « assez insensées pour avoir une chance de se révéler correctes ».


Les Cahiers de l'Alpinisme ne seront pas périodiques. Ils ne prétendent pas pouvoir naître avec la régularité d'une revue. Leur parution sera fonction du « volume d'idées » qu'ils auront suscité. Répétons-le : c'est un dialogue qui doit apparaître. A la lecture de tel ou tel chapitre, certains sentiront le besoin de discuter, de critiquer, voire d'exposer de nouvelles idées. Des pages les attendent.

Les objectifs immédiats sont les suivants :

  • Donner la parole à ceux qui ont sur l'alpinisme quelque chose de nouveau à dire, qui veulent pouvoir lui appliquer de nouveaux modes d'analyse et d'écriture.
  • Aller au-delà des dialogues de sourds entre tenants des diverses éthiques, au-delà des discussions byzantines sur les techniques. Comme l'arbre cache la forêt, le piton cache les alpinistes.
  • Rompre la chaîne infinie des récits de courses où l'on a tout dit et où l'on ne peut que tout répéter. Le récit de course traditionnel est une forme dont il reste à analyser les structures, qu'il faut prendre comme sujet d'étude pour une nouvelle critique de l'alpinisme, puis comme point de départ pour une autre parole alpiniste.
  • Briser la tour d'ivoire culturelle et sociale dans laquelle s'est enfermé l'alpinisme. Faire comprendre celui-ci, le faire sentir. Analyser ses rapports avec le monde extérieur, avec ceux qui ne vont pas en montagne. Définir sa dimension sociale. Tenter de savoir si l'alpinisme est par essence un sport aristocratique, quels sont ses rapports avec les pouvoirs politiques, avec ses propres institutions.
  • Extraire les alpinistes des absolus dans lesquels ils s'enferment, et définir une attitude de dialogue entre le grimpeur et la montagne : non-domination de l'un par l'autre, mais accord entre les deux.
  • Déceler les liens qui peuvent unir l'alpinisme à tous les courants de pensées religieuses ou philosophiques, à toutes les idéologies, à des activités telles que la danse ou la création artistique.
  • Faire cesser le « splendide isolement » de la littérature alpine, qui ne cache qu'un complexe d'infériorité et bien souvent une incapacité à sortir d'un médiocre académisme. Pour cela utiliser tous les outils de la littérature, qu'ils soient prosodiques, poétiques, d'analyse ou de critique. On tentera de redonner sa vraie place au récit de fiction. Dans tous les cas on ne s'interdira aucun genre, aucune tendance : il s'agit de laisser écrire qui se sent attiré par l'écriture !


Quelle que soit la forme littéraire choisie, nous voudrions que ces Cahiers suscitent un plaisir de lire qui manque à tant d'articles trop souvent ennuyeux quand ils ne sont pas purement techniques. Du plaisir d'écrire viendra le plaisir de lire. Et celui-ci à son tour fera peut-être naître de nouveaux plaisirs d'écrire.

  • Considérer la photographie et les arts picturaux, non plus comme des moyens d'illustrations de textes, mais comme ce qu'ils devraient être avant tout : des moyens d'expressions, les outils d'une écriture bien spécifique.
  • Rendre compte bien sûr des livres ayant trait à l'alpinisme. Mais aussi et surtout, parce que l'alpinisme ne vit pas que par ses livres, parler des publications, des films, des conférences, des expositions, des manifestations musicales, et de manière générale de tout événement touchant de près ou de loin à la montagne et aux alpinistes.
  • Faire connaître les nombreux articles de fond étrangers qui, depuis longtemps, paraissent régulièrement dans des revues à peine lues en France.
  • De façon générale exalter chez l'alpiniste cette part de lui-même qui l'apparente à l'homme dont parle le sociologue Edgar Morin, et qui « apporte au monde le mythe, la magie, la démesure, le désordre et dont l'originalité profonde est d'être un animal doué de déraison ».



Le groupe de rédaction des Cahiers essaiera de trouver des articles, de susciter des débats, de présenter les nouvelles idées qui naissent partout où l'alpinisme est en mutation.

Mais il préférera toujours recevoir des propositions spontanées d'articles, des textes envoyés pour ouvrir le dialogue.

Tout auteur nouveau sera le bienvenu.

1977

La critique de Guy Lucazeau dans la Revue "Montagne et Alpinisme" N°1 - 1978

Pour information, des exemplaires neufs originaux des n°1, 2 & 3 sont disponibles aux Editions Lanore au prix unitaire de 9 €
Je cherche pour ma part, les exemplaires 4, 5, 6 et 7 ainsi que la liste des 5 ouvrages publiés par l'association Passage après 1979.

3 juillet 2007

Le Secret des Sources - Georges Sonnier

Georges Sonnier - Le Secret des Sources
Ed. Fernand Lanore - EO 1977

Le Secret des Sources Recto Dernier ouvrage consacré à la montagne (il en écrira d'autres, en particulier des pièces de théatre) de Georges Sonnier, le Secret des Sources constitue une synthèse de son expérience et de son vécu de montagnard. La construction de l'ouvrage n'est pas évidente et je ne suis pas persuadé qu'il faille en chercher une. En tous cas, elle est empreinte d'une grande maturité et d'une certaine forme de sagesse.

L'ouvrage nous confirme que G. Sonnier était un grand humaniste du milieu montagnard et que le Secret des Sources constitue certainement son ouvrage le plus philosophique. Les références à ses précédents ouvrages sont nombreuses et certains épisodes familiers aux lecteurs de Où Règne la lumière' ou Terre du Ciel. L'exil résistant l'aura autant marqué par la fuite, subie, que par l'isolement, si apprécié, le temps d'une saison dans le Val Montjoie.

Les hommes n'ont jamais été les personnages principaux des ouvrages de Sonnier. Dans celui-ci, ils sont pourtant bien présents. Presque autant que les montagnes... c'est dire. Amis, guides, Bergers, inconnus dans des refuges. Tout ce peuple de l'Alpe reprend sa place dans la Montagne.

Un Sonnier un peu amer*, en 1973-1974, qui achève cette oeuvre montagnarde dans cet Oisans chéri. Et sur les bords du Vénéon :

Et on pouvait discerner dans le grondement apparemment uniforme du torrent le chant multiple des pierres que par myriadesil entraînait avec lui. Combien de millénaires faudrait-il pour user, raboter, aplanir enfin ces formes orgueilleuses et les réduire en poudre dans la grisaille d'une plaine sans espoir et sans fin ? De telles imaginations me glacent, je me rejouis d'être alors sincèrement d'être mortel et de ne devoir pas survivre à ce que j'aime le plus au monde. ...
Le Secret des Sources Recto Mais je sais aussi que si un jour, par malheur, ce torrent pur entre tous est à son tour souillé, c'est qu'alors toutes les sources de la vie seront empoisonnées. Et il n'y aura plus en ce monde plus de place pour l'homme.

Claude Theillay évoque le livre d'ailleurs mieux que moi dans La Montagne. Ouvrage qui constitue à mes yeux une approche synthétique tant de l'oeuvre que de la pensée de Georges Sonnier.

'* François-Xavier Sorlot, des Editions Lanore, me confiait récemment cette amertume de Sonnier face à l'évolution du monde montagnard à la fin des années 70 qui l'avait finalement éloigné de la Montagne. Amertume, ou plutôt révolte, qu'on retrouvera également chez le cousin Samivel dans le Fou d'Edenberg.

30 juin 2007

Un coup de coeur pour les Editions Lanore

Je reviens à l'instant des Editions Lanore.
Non, je n'y ai pas présenté de manuscrit ! (on va encore attendre un peu).

Si aujourd'hui le catalogue de cette petite maison d'édition est surtout consacré au développement personnel, Les éditions Lanore ont, et c'est ce qui nous intéresse, édité de grands auteurs de livres de montagne : Georges Sonnier, Pierre Dalloz, Bernard Amy (Passage - Cahiers de l'Alpinisme), Claire-Eliane Engel, Jacques Boell.

J'avais donc appris que la maison Lanore disposait de stocks invendus de livres de montagne (notez qu'une partie du stock de la collection montagne d'Albin Michel a été rachetée il y a plusieurs années par les Editions Lanore, pour notre plus grand bonheur). Ce fut donc la raison principale de ma visite.

La rencontre avec François-Xavier Sorlot, gérant, fut fort sympathique et intéressante. Et la petite heure au cours de laquelle nous avons évoqués les souvenirs (surtout les siens) des auteurs évoqués ci-dessus et devisé sur le marché du livre de montagne firent de cette halte une pause salutaire au cours d'un après-midi shopping un premier samedi de soldes ;-)

S'il me lit, je le remercie pour son accueil.

Je vous livre ci-dessous les titres disponibles, qui sont dans un état neuf, à prix éditeur.

  • Georges Sonnier - Eiger

Deux hommes devant la face nord de l’Eiger, un mur sombre, hostile, démesuré: deux kilomètres de haut sur quatre de large… 1977 - 296 pages, 9 €

  • Georges Sonnier - La montagne et l’homme

Pour connaître la montagne il fallait d’abord le loisir,mais surtout le désir de l’aimer.L’alpinisme demeure dans ses prodigieux développements actuels une des grandes aventures de l’humanité. 1970 - 336 pages, 48 pages d’illustrations, 14 €

Œuvre d’humaniste autant que d’alpiniste dans laquelle on retrouvera la même qualité d’écriture et de sensibilité. 1959 - 240 pages, 7 €

1946 - 208 pages, 16 pages d’héliogravures, 7 €

  • Georges Sonnier - Meije

Un récit entièrement tendu, d’une densité, d’un dépouillement extraordinaire et qui est considéré comme un classique du genre. 1977 - 144 pages, 9 €

Il s’appelle Jean. C’est un vieil homme. La montagne aura été l’une des grandes passions de sa vie. Et le voilà qu’il y retourne une nouvelle fois, une dernière fois. 1974 - 240 pages, 9 €

  • Georges Sonnier - Le secret des sources

Ce « livre de raison » a sa place dans la bibliothèque de tout fervent de la montagne. 1977 - 216 pages, 8€

Ce roman est la simple histoire d’un homme;mais tout autant,de la montagne à laquelle il a voulu consacrer sa vie. De cette relation se dégagent peu à peu la physionomie singulière du narrateur, et une manière de sagesse lentement conquise à travers les épreuves et les difficultés de chaque jour. « Un livre pour tous ceux qui pensent que la montagne est un chemin de vie avant d’être un terrain d’exploit. Le roman le plus prenant de l’auteur.» Alpinisme et randonnée « Un médecin de montagne est une belle et grave histoire d’homme où rien n’est dit que l’essentiel… page à page se révèle une âme comme on voudraiten avoir une. » La Voix du Nord «L’auteur est sans conteste un grand humaniste de la montagne. Sa prose est d’une haute tenue et a la valeur éternelle.» Montagne et alpinisme 1999 - 284 pages, 15 €

  • Jacques Rouillard - Loin des pistes… l’aventure

Raids à ski, du Toubkal à la Norvège. 1979 - 65 courses décrites, 36 cartes, 21 croquis, 23 photos, 9 €

  • L’avalanche - Jacques Boell

Six nouvelles racontées par un alpiniste renommé. 1973 - 240 pages, 7 €

  • Passage - Cahiers de l’alpinisme

Publication plus d’étude que d’admiration satisfaite de la montagne et de soi-même, plus contemplative et interrogative que descriptive ou narrative; pages où donner à lire de nouvelles recherches plutôt que de vieilles certitudes; écritures par quoi on voudrait s’éloigner du cercle sans fin des rapports cliniques et des procès-verbaux, pour ouvrir largement l’alpinisme vers le monde et les idées des autres.Publiés sous la direction de:Bernard Amy, Jean Bocognano, Pierre Chapoutot, Xavier Fargeas, Robert Mizrahi, Vincent Renard. Tome I, Tome II, Tome III. 1977 - 1978 - 1979 - 224 pages, 16 pages de photos, 9 €

Les souvenirs de montagne de l’auteur de « Zénith ». 1978 - 256 pages, 11,50 €

  • Claire-Éliane Engel - Le mont-blanc

Le mont-blanc vu par les écrivains et les alpinistes. Choix de textes. 256 pages, 48 pages d’héliogravure, 11,50 €

  • Et probablement l'Histoire de l'alpinisme par Claire-Éliane Engel (env. 1950) - Présence en stock incertaine.



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