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Tag - passage - Une montagne de livres

Une montagne de livres

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15 août 2007

Passage n°2 - Cahiers de l'alpinisme

Passage n°2 - Cahiers de l'alpinisme
Editions Fernand Lanore - 1978



1978 : seconde édition de Passage, qui semble bien avoir agité le landerneau du milieu de l'alpinisme. Au delà des espérances de leurs auteurs ?

Je vous livre une nouvelle fois "l'édito" de cette édition qui résumera finalement bien mieux que moi la situation.


PASSANTS ET PASSAGERS

Pour certains « charabia ésotérique et abscons », « volonté de faire "littéraire" à tout prix, quitte à n'être pas très clair », pour d'autres « propos sérieux qui donne à penser », livre « donnant à la montagne un relief tout à fait nouveau », « effort à suivre avec un nouvel espoir » : comme le montre le courrier reçu et les discussions suscitées, le numéro I de Passage a provoqué des réactions très diverses.

Les plus marquées ont été soit de rejet, et le plus souvent orales, soit d'approbation et alors à peu près toutes écrites. Il ne faut sans doute pas s'étonner de cette double coïncidence.

Entre ces deux extrêmes, les lecteurs ont été dans l'ensemble « agréablement surpris ». Les alpinistes ont été étonnés, qui s'attendaient à n'y rien comprendre ; les non-alpinistes intrigués, qui avaient depuis longtemps étiqueté la littérature alpine comme « technique ». C'était un dialogue de sourds, chacun tenant l'autre pour incompréhensible. « Ne découragez pas les alpinistes, gens simples, écrit l'un d'eux, si vous ne voulez pas que Passage devienne seulement l'organe d'un petit cercle d'initiés », tandis qu'un lecteur étranger aux choses de l'alpinisme mais intrigué par ces gens qui grimpent, « trouve enfin un ouvrage dont le contenu change agréablement des "récits de courses" qui ne sont vraiment lisibles que par des initiés ». Initié ! Voilà le maître-mot ! Chacun habillait l'autre de cet adjectf, quelques-uns se plaisaient à se montrer ainsi habillés, beaucoup découvrent aujourd'hui qu'il y a un discours commun possible. Cette ouverture, à elle seule, justifie bien des efforts.

Une analyse plus fine montre cependant que Passage a été, dans l'ensemble, mieux reçu par les non-alpinistes que par les alpinistes. Ceux-là y sont entrés de plain-pied, tandis que ceux-ci se sont souvent bornés à survoler les pages les plus denses. Se sont-ils laissé décourager par l'idée qu'ils s'en faisaient a priori ? Ont-ils cru que nous avions délibérément choisi le langage des « intellectuels » sans chercher à nous faire comprendre des alpinistes ? Ce serait admettre un partage faisant à tout coup de l'alpiniste un non-intellectuel, ce serait ignorer que le monde de l'alpinisme est aujourd'hui plus diversifié qu'on le pense.
L'explication est ailleurs, et sans doute dans l'intensité de ce que vit l'alpiniste en montagne. Beaucoup trouvent sur les sommets une expérience d'une telle richesse, qu'il leur paraît vain de se demander pourquoi et dans quel état d'esprit ils y vont. N'ayant d'autre inquiétude que celle de pouvoir y retourner, ils ne se posent d'autre question que : par où et par quel moyen ?

La question reste ainsi posée : à qui s'adresse Passage ?

Tout en refusant le jargon gratuit et qui n'a rien à dire, qui ne peut rien dire hormis son impuissance, nous ne voulons pas nous interdire les textes difficiles. Il ne s'agit ici ni d'être élitistes, ni d'être démagogues. Ne s'adresser qu'à ceux qui, peu nombreux, suivent de prèsles faiseurs de mots nouveaux, serait vain. Mais vouloir plaire à tous ne serait possible qu'au prix de la complaisance. Redisons-le : les Cahiers de l'Alpinisme se veulent publication parfois difficile à lire où le non-alpiniste se heurtera à quelques mots techniques mais où, s'il va au-delà, il comprendra peut-être un peu cet homme qui depuis si longtemps pour lui se cachait derrière ses gestes et son matériel. Les Cahiers se veulent publication inhabituelle à la lecture de laquelle l'alpiniste sera parfois conduit à s'arrêter pour réfléchir, mais où il trouvera des passages de texte sur quoi exercer cette intelligence qu'il exerce si bien sur les passages de ses escalades. Les Cahiers se veulent lieu de rencontre, de réflexion, et ouvrage dont le titre : Passage, pour reprendre les termes du poète René Daillie, « fasse résonner quelque chose de très voisin... de ce qui est en poésie chemin, itinéraire ».
A ceux qui ont envie de nous lire, qui veulent parler et entendre parler de choses nouvelles, nous disons qu'il y a un lieu où nous nous entendrons. A ceux qui, comme littérature sur la montagne, ne supportent que les topos-guides, nous souhaitons bonne course. Mais de grâce, qu'ils nous laissent parler sans jeter l'anathème.

L'article de J. Bocognano sur l'alpinisme et la politique, et des textes comme celui de M. Ballerini sur les populations montagnardes, ont suscité réponses et commentaires. Nous présentons dans ce numéro ceux de Patrice de Bellefon et Pierre Chapoutot. Le premier s'est souvenu que la politique nous concerne tous et donc qu'en particulier la politique de la montagne intéresse ceux qui y vivent. P. Chapoutot, lui, sait que l'alpinisme, dans les Alpes comme hors des Alpes, peut servir d'alibi à toutes les politiques possibles.

Ces deux textes ne constituent pas des réponses définitives. Ils ouvrent plutôt un débat souhaité par J. Bocognano et que nous espérons pouvoir poursuivre dans les numéros à venir.
Il serait d'ailleurs inutile de chercher ici dans un texte une « pensée des Cahiers », une éthique propre à cette publication. Nous voudrions que l'on ne puisse pas dire : « Passage est pour ceci, contre cela », mais bien plutôt : « dans Passage, Untel est pour ceci, Untel est pour cela ». Peut-être un jour faudra-t-il constater la convergence d'un certain nombre d'idées émanant tant des membres du Comité que d'autres collaborateurs. Peut-être un jour, à force de certitudes, jetterons-nous aussi l'anathème...
Mais aujourd'hui nous disons qu'à travers d'authentiques écritures nous souhaitons faire de Passage une tribune libre.
Quant à ceux qui n'ont voulu goûter qu'à quelques miettes de Passage, pour tout de suite déclarer : « Pourquoi tant de pourquoi ? Ne suffit-il pas de tout simplement grimper ? », nous leur dirons que là-haut, bien des choses ont changé. Là-haut, le voyage égocentrique, le voyage au centre de soi-même est en passe de devenir impossible, et la vieille imagerie d'Épinal que s'est construite l'alpinisme fonctionne maintenant comme un leurre.
Pendant que nous, les alpinistes, nous grimpions, en bas le monde a évolué, et de façon irréversible ! La frange qui séparait le fameux « terrain de jeu » du territoire des autres est devenue de jour en jour plus étroite. En même , temps, un nombre croissant de gens s'est trouvé impliqué dans cette curieuse affaire qu'est l'ascension des montagnes, y apportant matériels, argents et idées de toutes sortes. Peu à peu, la haute montagne a cessé d'être une île, s'est rattachée au continent des hommes. Le désert de roc et de glace n'est plus désert, et l'alpinisme découvre qu'il est un fait social parmi d'autres dans un univers où il a à faire sa place.
Cet alpinisme, c'est aux alpinistes à le prendre en charge, à l'assumer, à dire ce qu'il est, ce qu'ils voudraient qu'il soit. Sinon, pendant qu'ils grimpent, d'autres dans la vallée le feront pour eux. Gare alors au retour de course !


La critique d'Yves Ballu dans la Revue "Montagne et Alpinisme" N°3 - 1978

10 août 2007

Passage n°1 - Cahiers de l'alpinisme

Passage n°1 - Cahiers de l'alpinisme
Editions Fernand Lanore - 1977



En 1977, Bernard Amy et Jean Bocognano se lançaient avec d'autres (en particulier Pierre Chapoutot) dans l'édition d'une nouvelle revue pas comme les autres consacrée à l'alpinisme. Leur objectif est ambitieux. 7 numeros, et un peu plus tard une anthologie paraîtront. Une vraie curiosité dans la littérature de montagne et d'alpinisme.

Je vous livre ci-après le préambule à cette aventure littéraire :


PROPOSITIONS POUR UNE PASSION POLYMORPHE

L'alpinisme d'aujourd'hui est inquiet. Il vit une crise à la fois d'identification et d'insertion sociale, qui est sans doute le reflet partiel des crises plus importantes qui agitent notre société tout entière.

Face à cette situation, il devient urgent de d'abord formuler les problèmes qui se posent, et pour cela de commencer enfin d'en vraiment parler. Mais est-ce aujourd'hui possible ? La vétusté et la rigidité du discours qu'a jusqu'ici suscité l'alpinisme et qui permet de moins en moins à celui-ci de sortir de ses propres contradictions, porte à croire que non.

Que faire d'une parole qui, en tout cas en France, est trop souvent celle d'institutions de plus en plus séparées de ce que vivent et ressentent les alpinistes dans leur pratique, d'une parole qui continue d'ignorer ou de mépriser l'image que se font de l'alpinisme ceux qui ne s'y livrent pas ? Que traduire avec des mots maintenant trop usés ? Comment tout dire quand le discours a toujours été volontairement incomplet ?

Les montagnes et les techniques utilisées pour les gravir ont certes été abondamment décrites, dessinées, photographiées, mesurées. Depuis des décennies, livres et revues s'y emploient, où chroniques de clubs et techniques, monographies de massifs, descriptions d'itinéraires, présentations de parcs, études sur la flore et la faune forment la toile de fond inévitable.
S'il suffit pour parler d'une activité d'en décrire les différents aspects, alors, devant l'abondance même de ce qui a été publié, on peut dire qu'en alpinisme on sait de quoi l'on parle !
Mais si l'on pense qu'au-delà de la description, toute remise en question passe nécessairement par une analyse de ce dont on parle, il faut bien constater que le discours de l'alpiniste ne s'est jamais beaucoup élargi, et que pour l'instant on a plus parlé d'alpinisme que de l'alpinisme.
Les publications techniques correspondent à une nécessité, et l'on ne saurait nier leur utilité. Mais il est clair aussi qu'il y a place aujourd'hui pour une publication plus spéculative que descriptive où puissent paraître :

  • des réflexions d'alpinistes sur leurs activités à travers essais, critiques, analyses, récits, fictions, poèmes ou lettres ;
  • des études de non-alpinistes sur l'alpinisme ; des points de vue « extérieurs » qui soient ceux de sociologues, de psychologues, de littérateurs, d'artistes.


C'est ce que voudraient être les Cahiers de l'Alpinisme : publication plus d'étude que d'admiration satisfaite de la montagne et de soi-même, plus contemplative et interrogative que descriptive ou narrative ; pages où donner à lire de nouvelles recherches plutôt que de vieilles certitudes ; écritures par quoi on voudrait s'éloigner du cercle sans fin des rapports cliniques et des procès-verbaux, pour ouvrir largement l'alpinisme vers le monde et les idées des autres.


Faire connaître les différents courants d'idées qui sont apparus ou apparaissent dans les milieux montagnards, suggérer de nouvelles attitudes face au « terrain de jeu », de nouvelles façons de se penser en tant qu'alpiniste, tout cela peut sembler a priori bien difficile. Les alpinistes — et plus particulièrement les alpinistes français — apparaissent d'abord comme des êtres passionnés mais peu spéculatifs, dont les théories sont moins l'aboutissement de recherches qu'une dogmatisation d'habitudes aux origines peu claires.
Mais l'alpinisme et la spéculation sont-ils vraiment inconciliables par nature ? Ne peut-on penser que ceux qui ne varient que de pitons et de topo-guides, le font non parce qu'ils sont incapables de parler d'autres choses, mais soit par une manière de pudeur, soit par peur de briser le dogmatisme qui leur tient lieu de philosophie ?
L'écrivain Ossip Mandelstam notait au cours d'un voyage en Arménie : «j'ai développé en moi un sixième sens lié à l'Ararat : le sens de l'attrait des montagnes. A présent, où que je me trouve, ce sentiment qui déjà par lui-même marque un degré de spéculation, ne m'abandonnera plus. »
Choisissons de croire O. Mandelstam et essayons-nous aux formulations nées de ce sixième sens !
L'alpinisme étant sans doute par essence impossible à enfermer dans quelque théorie qu'on puisse imaginer, une telle démarche finira peut-être par se révéler vaine. Ces Cahiers apparaîtront comme un simple recueil d'articles disparates. Mais au moins une tentative aura été faite, et ces pages auront été un lieu de rencontres et de discussions au contraire d'autres publications tout à la fois guides touristiques, miroirs à exploits et collections de pieuses homélies.
On peut alors espérer que les théories les moins orthodoxes, et même les plus discutables y auront été exposées. Il ne s'agit pas d'établir des dogmes, si nouveaux soient-ils, mais plutôt de confronter des idées, d'en faire naître, et ce à la limite extrême de tous les domaines de la pensée. Il faut formuler ce qui existe, mais aussi soulever de nouveaux problèmes, même s'ils sont extravagants, en suggérer des solutions « assez insensées pour avoir une chance de se révéler correctes ».


Les Cahiers de l'Alpinisme ne seront pas périodiques. Ils ne prétendent pas pouvoir naître avec la régularité d'une revue. Leur parution sera fonction du « volume d'idées » qu'ils auront suscité. Répétons-le : c'est un dialogue qui doit apparaître. A la lecture de tel ou tel chapitre, certains sentiront le besoin de discuter, de critiquer, voire d'exposer de nouvelles idées. Des pages les attendent.

Les objectifs immédiats sont les suivants :

  • Donner la parole à ceux qui ont sur l'alpinisme quelque chose de nouveau à dire, qui veulent pouvoir lui appliquer de nouveaux modes d'analyse et d'écriture.
  • Aller au-delà des dialogues de sourds entre tenants des diverses éthiques, au-delà des discussions byzantines sur les techniques. Comme l'arbre cache la forêt, le piton cache les alpinistes.
  • Rompre la chaîne infinie des récits de courses où l'on a tout dit et où l'on ne peut que tout répéter. Le récit de course traditionnel est une forme dont il reste à analyser les structures, qu'il faut prendre comme sujet d'étude pour une nouvelle critique de l'alpinisme, puis comme point de départ pour une autre parole alpiniste.
  • Briser la tour d'ivoire culturelle et sociale dans laquelle s'est enfermé l'alpinisme. Faire comprendre celui-ci, le faire sentir. Analyser ses rapports avec le monde extérieur, avec ceux qui ne vont pas en montagne. Définir sa dimension sociale. Tenter de savoir si l'alpinisme est par essence un sport aristocratique, quels sont ses rapports avec les pouvoirs politiques, avec ses propres institutions.
  • Extraire les alpinistes des absolus dans lesquels ils s'enferment, et définir une attitude de dialogue entre le grimpeur et la montagne : non-domination de l'un par l'autre, mais accord entre les deux.
  • Déceler les liens qui peuvent unir l'alpinisme à tous les courants de pensées religieuses ou philosophiques, à toutes les idéologies, à des activités telles que la danse ou la création artistique.
  • Faire cesser le « splendide isolement » de la littérature alpine, qui ne cache qu'un complexe d'infériorité et bien souvent une incapacité à sortir d'un médiocre académisme. Pour cela utiliser tous les outils de la littérature, qu'ils soient prosodiques, poétiques, d'analyse ou de critique. On tentera de redonner sa vraie place au récit de fiction. Dans tous les cas on ne s'interdira aucun genre, aucune tendance : il s'agit de laisser écrire qui se sent attiré par l'écriture !


Quelle que soit la forme littéraire choisie, nous voudrions que ces Cahiers suscitent un plaisir de lire qui manque à tant d'articles trop souvent ennuyeux quand ils ne sont pas purement techniques. Du plaisir d'écrire viendra le plaisir de lire. Et celui-ci à son tour fera peut-être naître de nouveaux plaisirs d'écrire.

  • Considérer la photographie et les arts picturaux, non plus comme des moyens d'illustrations de textes, mais comme ce qu'ils devraient être avant tout : des moyens d'expressions, les outils d'une écriture bien spécifique.
  • Rendre compte bien sûr des livres ayant trait à l'alpinisme. Mais aussi et surtout, parce que l'alpinisme ne vit pas que par ses livres, parler des publications, des films, des conférences, des expositions, des manifestations musicales, et de manière générale de tout événement touchant de près ou de loin à la montagne et aux alpinistes.
  • Faire connaître les nombreux articles de fond étrangers qui, depuis longtemps, paraissent régulièrement dans des revues à peine lues en France.
  • De façon générale exalter chez l'alpiniste cette part de lui-même qui l'apparente à l'homme dont parle le sociologue Edgar Morin, et qui « apporte au monde le mythe, la magie, la démesure, le désordre et dont l'originalité profonde est d'être un animal doué de déraison ».



Le groupe de rédaction des Cahiers essaiera de trouver des articles, de susciter des débats, de présenter les nouvelles idées qui naissent partout où l'alpinisme est en mutation.

Mais il préférera toujours recevoir des propositions spontanées d'articles, des textes envoyés pour ouvrir le dialogue.

Tout auteur nouveau sera le bienvenu.

1977

La critique de Guy Lucazeau dans la Revue "Montagne et Alpinisme" N°1 - 1978

Pour information, des exemplaires neufs originaux des n°1, 2 & 3 sont disponibles aux Editions Lanore au prix unitaire de 9 €
Je cherche pour ma part, les exemplaires 4, 5, 6 et 7 ainsi que la liste des 5 ouvrages publiés par l'association Passage après 1979.

12 novembre 2006

Passages - Anthologie des Cahiers de l'Alpinisme

Nouvelle acquisition

Glénat 1988
Coll. Hommes et Montagnes



Recueil de textes et nouvelles parues dans les différents numéros de Passage (sans le s) sélectionnés par Bernard Amy et René Siestrunck.

Leur sélection est parfois déroutante, bien loin du style habituel de la littérature alpine.

Une curiosité.

Edit du 10/08/2007 :
Préface de l'ouvrage retraçant la petite histoire de Passage, les cahiers de l'alpinisme

PETITE HISTOIRE DE PASSAGE
OU LA JUBILATION DE L'ECRITURE

Officiellement, tout a commencé en 1977 avec la parution du premier numéro de la revue « PASSAGE, cahiers de l'alpinisme ». Mais l'Idée était déjà dans l'air. Depuis plusieurs années des alpinistes pensaient que la littérature alpine, qui avait eu ses heures de gloire, pouvait et devait à nouveau s'épanouir.
Déjà réunis par un ancien projet dans ce domaine, Bernard Amy et Pierre Chapoutot crurent cette possibilité offerte lorsque, avec Jean Bocognano, qui partageait largement leurs vues sur les problèmes posés par l'alpinisme, ils furent conviés à participer aux destinées de la revue « La Montagne et Alpinisme », du Club Alpin Français. Après des décennies de conformisme, cette institution et sa revue vivaient en effet un beau printemps qui eut les éclats de celui de Prague, et dura ce que dura ce dernier : le temps de faire craindre les excès de l'été. L'Idée revint ainsi sur le devant de la scène : quelques articles et réflexions firent croire qu'elle allait prendre forme. Alors l'appareil institutionnel reprit les choses en main et exclut les trublions selon des formes dont la description pourtant instructive sortirait du cadre de cette petite histoire.
Toujours est-il qu'après cet épisode, un soir du début de l'année 1977. Bernard Amy, Jean Bocognano et Pierre Chapoutot se retrouvèrent dans la cuisine sombre d'une petite maison du village de Veurey-Voroize, à proximité de Grenoble. Leur passage en revue n'avait pas été inutile : il avait conforté leur conviction que l'Idée était d'importance, et que tout était à faire. Ils s'aperçurent aussi qu'ils étaient libres, et qu'au fond, le printemps n'avait pas de raisons de s'arrêter. De cela, Jean Bocognano parla à Xavier Fargeas, à Robert Mizrahi et à Vincent Renard. Ce n'était pas par hasard qu'il s'en était ouvert à eux : il les savait animés du même souci et de la même vision. Ils se joignirent ainsi aux trois premiers, formant ensemble le premier cercle de ce qui allait devenir « l'aventure Passage ». Le nom lui-même et la forme de la revue émergèrent peu à peu du grand branle-bas cérébral (et gastronomique) qui s'ensuivit, et scella peu à peu la complicité des compagnons. Passage : le titre nous paraissait plutôt bienvenu, mais compte-tenu des origines très intellectuelles du projet, nous décidâmes d'un sous-titre plus précis : cahiers de l'alpinisme.
François et Dominique Sorlot, des Editions Fernand Lanore, acceptèrent avec courage de donner corps au projet en publiant des textes dont rien n'indiquait qu'ils se vendraient. Et c'est ainsi que, fin 1977, dans un salon parisien, ils offrirent le Champagne fêtant la naissance du premier volume. L'aventure, sous diverses formes, devait durer sept ans.
Pour quelles raisons Passage est-il né, et avec quels objectifs ? Là dessus les avis des fondateurs diffèrent. Pour Jean Bocognano. il s'agissait avant tout de « créer une revue d'alpinisme indépendante de toute institution ». Il avait une défiance acérée à l'égard du conformisme congénital des corps constitués. De là venait sans doute le souci constant de dire et de redire sa volonté de ne pas susciter une « pensée Passage ». L'épisode Club Alpin explique en partie cela, bien sûr. Mais pas entièrement. Pierre Chapoutot, lui, voyait à l'origine de la revue une « simple » envie, celle d'une expression « spontanée, libre, fantaisiste, iconoclaste, insolente ». Xavier Fargeas et Vincent Renard semblaient plus motivés par la possiblité de mettre à plat, de décanter et d'élucider les choses de la montagne, et en particulier le penchant (fatal ?) de ceux qui la parcourent, dans une perspective plus collective pour l'un, plus intimiste pour l'autre. Quant à Robert Mizrahi, le projet éditorial en soi le mobilisait. Il voulait vivre par l'écriture et donner à lire la « dimension poétique, implicite en alpinisme mais rarement aboutie ». Bernard Amy, enfin, pensait qu'il fallait répondre à un besoin né d'une inquiétude, celle d'un alpinisme en pleine « crise d'identification et d'insertion sociale, que la vétusté et la rigidité du discours » de l'époque rendaient incapable de seulement bien poser ses problèmes.
Chacun avait donc ses motivations propres. Mais tous furent d'accord pour déclarer dans les « Propositions pour une passion polymorphe », qui ouvraient le premier volume, une volonté commune de faire des Cahiers « une publication plus contemplative et interrogative que descriptive ou narrative ; de donner à lire de nouvelles recherches plutôt que de vieilles certitudes, des écritures (...) pour ouvrir largement l'alpinisme vers le monde et les idées des autres ». Bref, donner du plaisir de lecture, et permettre à chacun de se frotter à des pensées fortes. Une fois ces ambitions affichées, il restait à se maintenir « sur la sente étroite qui chemine entre les écueils de l'élitisme et la tentation de la démagogie ». exercice d'autant plus difficile que l'alpinisme oscille sans cesse entre les deux : élitiste par ses clubs académiques et ses classements sportifs, sa tendance naturelle au prosélytisme le pousse à employer tous les moyens de séduction, en particulier dans le domaines des revues. Entre le « c'est aux lecteurs de dire ce qu'ils veulent lire » et le « qu'ils lisent ce qu'on veut leur voir lire », il y a sans doute un juste milieu. Mais lequel ?

A ce titre, Passage 1 suscita des réactions très diverses. Certains y virent la manifestation d'un extrême élitisme, voire d'une forme de terrorisme intellectuel. D'autres se contentèrent de l'epingler à leur boutonnière, l'un d'eux déclarant : « en tant qu'alpiniste, je suis fier de cette revue, mais vous comprendrez que je ne la lise pas. » D'autres, enfin, furent heureux de la découvrir. Ils furent assez nombreux pour que l'aventure puisse se poursuivre. En 1979, nous fondâmes l'association Passage, qui prit en charge la publication de la revue, sous une forme plus souriante, et au sein de laquelle nous commençâmes à éditer une collection de livres. Quatre nouveaux numéros de la revue, et cinq livres, virent ainsi le jour.
Pendant ces quelques années, Passage a formé une étoile détonnante et parfois scandaleuse dans la galaxie alpinistique. La revue a fait mouche, et ébranlé un certain nombre d'idées bien ancrées et de visions générales, et ce, très au-delà du petit cénacle des lecteurs réguliers de la revue. Mais en même temps Passage, pourtant doté d'une forte notoriété, est restée une revue plutôt confidentielle : mille cinq cents à trois mille exemplaires par numéro. Mal distribuée, à coup sûr, pas toujours très bien conçue, probablement : une vraie revue d'amateurs et de passionnés. En fait, Passage n'a que partiellement atteint les buts que nous nous étions fixés. L'ouverture vers les non-alpinistes est resté limitée, même si ceux qui ont découvert la revue se sont déclarés agréablement surpris et ont suivi l'aventure jusqu'au bout. En même temps, la méfiance de bon nombre d'alpinistes n'a pas pu être levée : « hommes de sacs et de cordes ». certains n'ont jamais bien compris (ou pas voulu comprendre) qu'on puisse tirer profit à réfléchir sur le sens de ses actes, et même en tirer du plaisir.
Nous avons pourtant réussi à faire durer longtemps l'aventure ; ceci d'abord parce que nous avons toujours voulu faire de Passage un lieu non seulement de recherche, mais surtout de plaisir : d'écrire, de lire, de publier. Une vraie jubilation de donner à lire nous a portés, et les auteurs avec nous. La fidélité des lecteurs a permis de maintenir le projet sur son chemin. La vertu du travail de fourmi, bénévole et le plus souvent nocturne, accompli par l'échelon parisien de notre groupe pour assurer la sortie et la vente des ouvrages a fait le reste. Puis petit à petit, chacun, à sa manière, a compris que les temps étaient en train de changer. Le vieil alpinisme achevait de se défaire, et les formes nouvelles peu à peu se mettaient en place. Les motifs de faire la revue s'en trouvaient modifiés. L'enthousiasme du démarrage lui-même s'est émoussé; notre base collective peu à peu s'est défaite, la diversité de nos motivations nous éloignant insensiblement d'un projet commun. Chacun comprit qu'il allait falloir s'arrêter, ou changer de registre. L'un est parti, d'autres se sont mis en retrait, les derniers n'arrivaient plus à trouver le temps nécessaire pour faire « tourner » la maison. Alors, en 1983, année de la parution de Passage 7, le groupe fut élargi pour apporter le sang neuf nécessaire : Geneviève Amand, Nathalie Beau, Jacques Gaudin, Jacques Hoepffner. Pierre Charmoz, Jean-Claude Legros, Olivier Paulin, et enfin René Siestrunck, grâce à qui la publication des livres a pu continuer jusqu'à aujourd'hui, rejoignirent les fondateurs. La mort en montagne de Jean Bocognano, en janvier 1983, a rendu la situation extrêmement difficile, lui qui avait pris en charge la plus grande part de l'animation et de la parution de la revue. Son remplacement s'est avéré presque impossible. Et c'est sans doute sa disparition qui a fini par avoir raison de Passage. Le critère consistant à ne retenir pour cette anthologie que les principales nouvelles parues dans la revue, s'il a permis d'y faire figurer bon nombre d'auteurs Passage, aurait par contre conduit à une grande absence : celle justement de Jean Bocognano. Jusqu'à sa fin. il a été le pilier central de l'édifice. Et il paraissait impensable de ne pas le citer dans un tel ouvrage. Mais il n'écrivait pas de nouvelles. Nous avons donc choisi de faire entorse au principe en publiant de lui « Des montagnards victimes de l'Histoire ». Doué d'un esprit extraordinairement vert et ouvert, il excellait dans la critique, le pamphlet et l'essai. Deux thèmes principaux l'intéressaient plus particulièrement : l'histoire et l'évolution des populations montagnardes, et les rapports de l'alpiniste avec la société, les arts et la littérature (sur ce dernier point, il était très pessimiste, résumant sa pensée dans la question : « alpinisme, la pauvreté te serait-elle consubstantielle ? »). A travers ces deux thèmes, il est resté présent dans tous les numéros de la revue. D'une immense culture et d'une belle humilité « alpinistique » (pour employer un adjectif qu'il défendait), il avait le souci de ne jamais se prendre au sérieux. Il maniait l'ironie d'une façon souvent tranchante.
Oui, il fallait parler ici de Boco, peut-être parce qu'il essayait toujours de rire de ce que nous avions parfois tendance à prendre trop au sérieux : notre revue, et lui rendre ici hommage. Nous lui dédions le dernier texte de ce volume, dû à Bernard Amy. qui le présente ainsi : « Texte de commande, paru dans l'Année Montagne grâce à Jean-Michel Asselin, cette courte fiction a fini d'être écrite en Corse où Jean et Simone Bocognano avaient fait bâtir au-dessus de la mer la maison de leurs rêves. Elle est cachée dans le maquis, au pied du Monte Grosso, la Montagne Magique que, chaque soir, le soleil qui se couche derrière Calvi incendie pour en faire la plus belle montagne du monde. Nous avons beaucoup parlé de ce texte. A partir des remarques de Boco il a été plusieurs fois repris. Puisse le lecteur prendre à le lire le même plaisir que celui que nous avons eu à l'écrire et à le discuter. » Et puisse-t-il aussi y trouver la certitude que Passage reste nécessaire. L'idée subsiste, tout simplement parce que l'alpinisme n'est pas près de cesser d'exister.
Passage n'est plus. Que naisse un jour le nouveau Passage !